J’ai voulu attendre quelques jours pour écrire ces lignes suite à la mort du militant nationaliste Quentin Deranque, tué par un groupe se revendiquant de l’antifascisme à Lyon. Parce que lorsque qu’un événement dramatique comme celui-ci se produit, avec tant d’implications politiques, il est nécessaire de se garder des réactions à chaud, tant elles peuvent aggraver un contexte déjà dangereux.
Dans cette affaire, c’est la question de la violence en politique qui se pose avec acuité. Il y a dans notre pays des groupes, peu nombreux mais bien réels, qui assument l’usage de la violence physique pour déployer leur projet idéologique. C’est majoritairement le cas de l’ultra-droite, comme l’on expliqué ces dernières heures de nombreux spécialistes. Celle-ci recourt régulièrement aux attaques contre les personnes, là où l’ultra-gauche privilégie plutôt les attaques contre les biens et lieux symboles d’un capitalisme qu’ils combattent frontalement. Néanmoins, la mort de Quentin Deranque montre que même si elle est rare, la violence létale de l’ultra-gauche existe, et doit évidemment être condamnée avec la plus grande des sévérités par toutes celles et tous ceux qui se revendiquent de la République. On ne le répétera jamais assez, en République, le conflit politique ne doit jamais se résoudre par la force physique contre les personnes ou les biens, mais par le débat d’idées, les mobilisations sociales et le vote.
Suite à la mort de Quentin Deranque, la France Insoumise fait l’objet d’une intense campagne d’accusation médiatique et politique. Ils seraient de près ou de loin responsables de ce qui s’est passé, du fait de liens proches entretenus avec le groupuscule « la jeune Garde », dont le fondateur, Raphaël Arnaud, est aujourd’hui député insoumis, et l’un des collaborateurs parlementaire de celui-ci a été placé en détention provisoire. Disons-le avec force, les attaques de l’extrême-droite, relayées par une partie de la droite et du centre, faisant aujourd’hui de LFI le parti le plus dangereux pour la République sont honteuses, car elles nient une vérité essentielle évoquée plus haut : l’ultra-droite est bien plus violente que l’ultra-gauche. Or, l’extrême-droite française n’a pas rompu avec ces groupes radicaux, au contraire. Certains de ses collaborateurs en sont membres actifs ou anciens. Certains de leurs députés défilent à leurs côtés dans des manifestations. Et des organisations satellites de la mouvance identitaire, telle la Cocarde étudiante, leur fournit encore des troupes.
Alors oui, il est indigne d’appeler à un cordon sanitaire contre LFI plutôt que contre le RN et Reconquête. Mais je veux le dire avec force : LFI a une grande part de responsabilité dans la situation de mise au banc qui est aujourd’hui la sienne. Faute d’avoir fait le ménage dans ses rangs pour évincer les plus radicaux, et à force de tout miser sur une stratégie politique qui conflictualise plutôt qu’elle ne rassemble, elle est durablement privée de toute perspective majoritaire dans notre pays. Le problème, c’est qu’elle n’est pas la seule touchée. Elle entraîne avec elle aux yeux d’une grande partie de l’opinion publique toute la gauche qui espère encore faire la grande alliance type NFP 2.0
Lors du congrès des écologistes de 2025, avec mon courant, Faire Gagner l’Écologie, nous étions les seuls à défendre une rupture avec ce qu’est LFI aujourd’hui. Je l’avais exprimé dans une interview à l’Express, assumant de dire que Mélenchon est un boulet aux pieds de la gauche, nous entraînant dans une impasse minoritaire. Près d’un an plus tard, je crois que la suite des événements nous donne raison. Au plan intérieur, dans une majorité de villes, la gauche part rassemblée mais sans LFI, qui préfère cibler les majorités progressistes sortantes, au risque de faire triompher la droite ou l’extrême-droite. Au plan extérieur, l’Europe a plus que jamais besoin de franchir une nouvelle étape de sa construction pour s’affirmer face à des empires hostiles, mais LFI choisit de combattre l’Europe de la Défense.
Je le redis avec force, l’avenir des progressistes en France, aujourd’hui, c’est sans LFI. En tout cas sous sa forme actuelle, à savoir un parti en ordre de bataille pour la candidature présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, qui privilégie l’ambition d’un homme à un projet collectif pour la gauche, et qui préfère le populisme à la République. Les écologistes, s’ils veulent retrouver du poids, doivent affirmer ce qu’elles et ils sont : européens, attachés à l’Etat de droit et aux libertés, ayant une conception profondément non-violente de la marche vers la justice sociale et environnementale. C’est cette cohérence qui fera notre force, et qui sera utile à la gauche pour les victoires de demain.



